samedi 11 mai 2019

La Tête et la Queue du Dragon / Caput et Cauda Draconis


L’opinion de l’Astrologie Persane et médiévale sur les Nœuds Lunaires / Cauda Draconis / Caput Draconis

Tête de Dragon en Exaltation à 3° de Sagittaire 
Queux du Dragon en Exaltation à 3° des Gémeaux 


Noms des Nœuds en Parsig :

Nœud Nord « Gōčihr »
Nœud Sud « Mush Peri »

Noms des Nœuds en persan :

Nœud Nord « Ra’s » (راس)
Nœud Sud « Dhomb » (ذونب)

Les Nœuds du point de vue Astronomique :

Les nœuds lunaires sont les points où l’orbite de la Lune croise l’écliptique (le parcoure du Soleil dans le ciel). L’intervalle de temps qui sépare deux passages de la Lune aux nœuds de son orbite, s’appelle la révolution Draconique, ou mois Draconique. Ce laps de temps est de 27 jours.   
La révolution des Nœuds autour du zodiaque est de 18 ans, 15 jours et 8 heures. Ils transitent chaque signe en 18 mois.  

L’origine des Nœuds remonte très loin dans l’histoire de la civilisation persane, elles sont associées à un Dragon redoutable qui entoure la terre depuis l’aube de la création et qui chaque matin se met à dévorer les hommes sans jamais être rassasié !    

Char de Saturne tiré par des Dragons 


Les Nœuds sont en fait les lieux où se produisent les éclipses du Soleil et de la Lune :

Les éclipses étaient considérées comme extrêmement néfaste pour la royauté et les souverains Perses, car au moment de l’éclipse, le Soleil, symbole de la royauté est masqué par la Lune, autrement dit il est dévoré par La Tête de Dragon.
De même lors de l’éclipse de la Lune (autre symbole de la royauté, plus important encore chez les Sumériens et les Babyloniens), la lune est dévorée par La Queux du Dragon ! C’est pourquoi depuis la plus haute antiquité, les Mages et les Astrologues royaux étaient en charge de protéger les souverains perses des effets maléfiques des éclipses.



On appelait cela le grand rite de la substitution. Le rite consistait à remplacer le souverain durant un certain laps de temps (un peu avant et un peu après l’éclipse), par un double, un sosie ou parfois simplement un notable, à qui on faisait porter les habits royaux, qu’on faisait asseoir sur le trône et même dormir dans le lit impérial.

Le but était de tromper le démon lunaire et de transférer le maléfice de l’éclipse sur le substitue, qui bien-sûr était ensuite sacrifié pour conjurer le sort et sauver le royaume. Les éclipses constituaient une réelle menace pour les rois, car à cette époque la royauté incarnait véritablement la souveraineté des luminaires (Sol, et Lunea).




Les rois s’identifiaient tellement avec le Soleil, que par une sorte de mécanisme quasi métaphysique de sympathie et d’analogie universelle, leurs royaumes et leur personne physique, se trouvaient menacés de destruction lors des éclipses.

(Attention, je précise qu’il ne s’agissait pas de n’importe quelle éclipse, mais de celles qui se trouvaient dans le même signe solaire du souverain, voir conjointe à son Soleil, à sa Lune, ou encore avec son ASC natale. Il s’agissait également d’éclipses complètes).     
  
En ce temps le Roi se levait avec le Soleil levant, portait des habits dorés et pourpres, sa tête était ornée d’une couronne en or ornée de rubis (pierre du Soleil), et il descendait du trône au coucher du Soleil. Il était initié au culte de Mithra (le Soleil Invaincu / Sol Invictus), et le jour du dieu Soleil (appelée Mithrakana : ce jour correspondait à peu près à mi-octobre) il renouvelait son alliance avec le maître du zodiaque. En ce jour, lors d’une cérémonie fastueuse, les rois de perses portaient une couronne en or en forme du disque solaire (parfois elle était attachée à un masque doré) et se tenaient face à l’horizon Est. À la première lueur du Soleil levant, le Mage maître de la cérémonie proférait cette invocation :

 « Oh, anges et archanges, en ce jour solennel descendez des cieux, et chasser les démons et les malfaiteurs hors de ce monde ! ».   
                            
Les annales Assyriennes et Babyloniennes sont remplies de témoignages à ce sujet. On a par exemple le cas d’Assarhaddon, le souverain Assyrien (680-669 av-JC). Le dernier cas connu où le rite de la substitution a été pratiqué, concerne le règne de Chah Abbas souverain perse de la dynastie des Safavide (1501-1736).

Les Nœuds Lunaires en Astrologie


La Tête du Dragon représente : Les événements inattendus, grossièretés, paroles blessantes et injurieuses, impiété, des voyages à l’étranger, de longs voyages, événements soudains, enseignements techniques et pragmatiques, raisonnement faible, profits venant de personnes de mauvaises réputations.

La Queue du Dragon représente : L’introspection et la connaissance de soi, connaissances occultes, la libération, des pèlerinages, le silence, le médecin, un chasseur, le grand père, guérison par chirurgie, atteinte venant des ennemis, l’illumination.  

La tête et la queue du Dragon d’après Rowzat al-Monajjimīn, grand œuvre astronomique et astrologique persane rédigée en 1073, par l’astrologue et polymathe Shahrmardā Razi :

La tête du dragon est bénéfique avec les bénéfiques, et maléfique avec les maléfiques.

La queue du dragon et contraire à la tête, avec les bénéfiques elle est maléfique, et avec un maléfique, elle est bénéfique. 

Jusque-là on peut trouver des sentences similaires dans les manuscrits médiévaux, comme celui du Livre des Cents Aphorismes d’Hermès :

La tête fait des maux terribles avec les malins, car elle augmente leur malice, mais elle fait beaucoup de bien avec les bons, car leur bénignité s’augmente par elle. La queue du Dragon comme elle est opposée en sa situation à la tête, ainsi elle lui est opposée dans ses significations.   




Là où le manuscrit de Rowzat al-Monajjimīn (روضة المنجمين) trouve toute son originalité est à partir des précisions et subtilités suivantes :

La tête du Dragon est bénéfique à Jupiter (apporte bénéfice à Jupiter), quant à Vénus, elle lui apporte ni bénéfice, ni préjudice. Elle porte toutefois préjudice au reste des planètes !

La queue du Dragon apporte préjudice à toutes les planètes, hormis Saturne, à qui elle donne de la force.

Ce dont les astrologues sont d’avis est que la tête, avec les bénéfiques ou les maléfiques, augmente leur nature, est accroît leur effet et leur durée. La queux, détruit, dissipe et disperse, et cette sentence est par conjonction.       


Mosquée de Chah Abbas Iran Ispahan 


Quelques Sentences tirées de Javāme Ahkām al-Nojoom :

La Queue du dragon conjointe au Soleil signifie que le père est un inconnu.

Si la Tête du dragon est en maison I ou conjoint l’ASC, le natif est mesquin (radin, cupide).

Si le Nœud Nord est conjoint à Vénus et à la Lune en maison I, il signifie que le natif est un astrologue qui gagne bien sa vie.

Si la tête du dragon se trouve conjointe à Saturne et à Mars en maison I, le natif mourra de mort soudaine.  

Sentence des Aphorismes de docteur Cardan :

Lorsque Saturne sera avec la tête du dragon, et qu’il regardera l’ASC, ou qu’il sera son seigneur, il promet un mauvais esprit, mais toutefois fidèle, et avec la queux, perfide aussi.





L’opinion de Picatrix (Ghâyat al-Hakîm ; le but « résolution » du sage) :

Sache que la nature de la Tête du Dragon est d’accroître ; si elle est conjointe avec des planètes favorables, il y a augmentation dans leur souveraineté et leur force ; si elle est conjointe à des planètes défavorables, alors augmentent leur nuisance et les malheurs.
De même façon, la Queue du Dragon est de nature à réduire. Si elle est conjointe avec des planètes défavorables, elle diminue leurs maux et leurs dommages.   



Dans le but de confectionner des talismans, Picatrix recommande souvent de placer la Tête du Dragon à l’ASC.

Exemple :

Talisman pour que le maître soit aimé des hommes et que toujours ils lui obéissent. Fais deux talismans, l’un à l’heure de Jupiter, et lorsque la Lune regarde le Soleil sous un aspect favorable et à l’abri des maléfiques. Place la Tête du Dragon à l’ASC. Fais ensuite un autre talisman dont l’ASC soit la maison V à partir de l’ASC du premier talisman, et ce à l’heure de Vénus. Que la Tête du Dragon soit à l’ASC ou le regarde d’un aspect favorable, et ce à l’heure de la Lune enterre les talismans sous l’ASC d’un des signes fixes à l’heure de Saturne …



Rahu et Ketu ou les Nœuds Lunaires d’après l’opinion des Hindous :

Ketu (nœud sud) est maléfique, sa nature est similaire à Mars et à Saturne combinées ensemble. Elle représente l’adversité et la limitation et en cela elle s’approche de Saturne. Elle est considérée défavorable pour les mondanités et les choses matérielles. Si elle est conjointe à une planète, elle restreint l’action de la planète. En synastrie elle agit comme un élément séparatif et apporte mauvaise chance en transit.

Rahu (nœud nord) est bénéfique, elle a la nature de Jupiter et de Vénus combinées ensemble. Elle est plus proche de Jupiter car elle procède à une action d’expansion. Elle porte chance dans le domaine de la vie concerné par l’horoscope. Elle augmente la nature de la planète avec laquelle elle rentre en conjonction. La planète conjointe à Rahu est considérée comme la planète majeure de l’horoscope.